Mon Journal Intime

Pensées dépressives.

MichaelGaida

Ma mère est décédée pendant les fêtes de Noël. Une dizaine de jours après son décès, j’ai dû retourner au lycée. J’avais hâte. Hâte de retrouver mes amis et de retrouver un semblant de normalité dans un monde où je venais de tout perdre. 

Je n’avais plus vraiment de motivation pour suivre en classe mais j’adorais passer du temps avec mes amis. Je me souviens que ma moyenne était en chute libre mais à côté de cela, j’étais toujours la Caroline souriante et surexcitée que tout le monde connait bien. A l’époque, certaines personnes se demandaient si j’avais bien réalisé que ma mère était décédée… 

J’ai assisté à la rupture d’anévrisme de ma mère, j’ai littéralement tout vu. Des tremblements, à la paralysie de son visage, jusqu’à la perte de mémoire. J’ai assisté à tout. Lorsqu’elle a été hospitalisée j’ai demandé à mes amis sur Facebook de prier pour elle. J’ai également prié et supplié le divin de me laisser ma maman. Quand le médecin m’a annoncé que son cerveau avait été imbibé de sang et qu’il allait s’éteindre d’ici quelques jours, j’ai immédiatement compris que mon monde venait de s’écrouler.

Donc oui, j’avais bien réalisé que ma mère était décédée, je faisais juste preuve de force et de courage à un âge où ma seule préoccupation aurait dû être le bac blanc. 

10 ans plus tard, que reste-t-il de cette force et de ce courage ? R I E N. 


Le cinéma aime bien representer les morts sous formes de fantômes qui nous délivrent des messages à des moments importants de notre vie. Il n’en est rien. La réalité c’est qu’aux moments les plus importants de notre vie, le manque est dix fois plus grand. La réalité c’est que plus les années passent plus le vide se creuse. La réalité c’est qu’à l’instant où elle est partie j’ai perdu ma raison de vivre. 

Je pense que ce qui m’a fait tenir toutes ces années était mon envie d’accomplir ce qu’elle pensait que j’allais accomplir, c’est-à-dire : avoir une bonne éducation scolaire et aller le plus loin possible dans les études. Ok, chose faite maman, maintenant je fais quoi ? 

Il existe différentes sortes de douleurs. La douleur invisible qui ne peut se montrer et qui ne peut être comprise est une douleur particulièrement isolante. Elle déconnecte du monde. Elle enfonce sa victime dans des profondeurs sombres dont il est dur de s’échapper. J’ai écouté les conseils : “sois forte”, “bats-toi”, “vois le bon côté de la vie”, “dis toi qu’il y a pire que toi”, “si tu ne te bats pas pour toi, bats toi pour ceux qui t’aiment” etc… 

Est-ce donc ça la vie ? Un perpétuel combat pour trouver des raisons valables de vivre ? Que se passe-t-il lorsque que le combat est fini et qu’on est vaincu ? Suis-je condamnée à errer sur cette terre l’âme vide jusqu’à ce que la mort daigne me cueillir ? 

Commentaires

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3 Comments

  1. Hello,

    Tu as vécu un traumatisme, et pas des moindres. Comme la plupart du temps dans ce genre de situation, le cerveau se met en « mode protection » pour nous aider à surmonter. Comment ? Soit en nous plongeant dans le déni (on occulte), soit en nous donnant une façade avenante et joyeuse (faux self), soit…

    Tu as continué à être « la Caroline souriante et surexcitée » ; pour autrui, c’est souvent incompréhensible. Tu t’es protégée sans même en avoir conscience. « La force et le courage » ne sont rien d’autre qu’une forme de résilience ou tout au moins un pas vers elle.

    Non, il ne reste pas « rien » après ces 10 ans car tu les as bien remplis (études, notamment : tu as rempli le « contrat » moral) et ce n’est pas fini ! Et maintenant ? Il faut vivre pour toi. Ce vide, c’est le manque ; un peu comme dans une addiction. Il faut donc se sevrer. Pas oublier, pas nier, juste apprendre à vivre sans. Facile à dire ! Certes mais c’est possible. Les (bons) conseils peuvent aider mais aussi devenir pénibles car qu’elles que soient les bonnes volontés qui nous entourent, on est seul et on le restera – mais ça, c’est un principe humain peu importe notre vécu.

    Soit on voit la vie comme un combat permanent, soit comme une suite de combats. L’essentiel, c’est de comprendre que c’est ainsi et que c’est ça qui nous donne la vraie raison de vivre. Sans lutte, il n’y a pas (plus) de vie. C’est un moteur. L’avantage, c’est qu’il n’y a jamais de vaincu car même un échec est une victoire : question de point de vue.

    Tu es une battante, une résiliente, une belle personne.

    Je ne doute pas que tu trouveras une parade à tes bleus à l’âme. Puisse ce modeste message être un pansement…
    Chriss

    1. Merci beaucoup pour tes mots. Ton message est plus qu’un pansement, il fait du bien. Avoir le sentiment d’être comprise fait vraiment du bien au moral.

      J’espère trouver la parade, le chemin sera long et sinueux mais j’ose espérer ça en vaille la peine…

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