Mon Journal Intime

Ce que la mort de ma mère m’a appris.

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La perte d’un parent est un événement traumatisant même si il reste inévitable. Là où il devient encore plus traumatisant, c’est quand vous avez perdu ce parent trop tôt.

Ma mère est décédée à l’âge de 40 ans quand j’en avais 15 à l’époque. Aujourd’hui je suis à l’aube de mes 24 ans et j’ai envie de partager avec vous ce que la mort de ma mère m’a appris.

Pour commencer, je vais placer le contexte. Attention c’est long, donc si vous voulez sauter cette étape, rendez-vous à la ligne où il y écrit ‘RACCOURCI‘.

Mes parents ont divorcé quand j’avais 4 ans. J’ai vécu avec ma mère depuis cet âge là. Ma maman avait un diplôme de secrétaire à l’époque et j’ai eu le privilège et l’honneur de la voir se construire une nouvelle vie en repartant de zéro.

Je l’ai vu reprendre ses études, retourner à la fac, et obtenir un bac+3 alors qu’elle avait dépassé la trentaine. Nous avons vécu beaucoup de moments de galère, mais pour moi ils n’étaient rien tellement l’amour de ma mère était réconfortant et apaisant. Je m’explique.

Nous avons tellement galéré que nous avons dû habiter un moment dans un foyer pour familles en difficulté. Je me souviens qu’un moment les raviolis en conserve était devenu le dîner quotidien. Mais à l’époque je n’y voyais aucun problème, en plus j’adorais les raviolis. À côté de ça, j’avais un toit sous la tête, un lit dans lequel dormir et je ne manquais aucun jour d’école. Si on m’avait dit que j’allais devenir une sécheuse professionnelle par la suite, je ne l’aurais pas cru. Mais c’est un autre débat…

Ma mère s’assurait que je travaille bien à l’école, s’intéressait à mes devoirs et elle connaissait même le nom de mes copines de classe. Elle faisait tout pour que j’ai les éléments d’une vie normale, malgré notre précarité.

Comme le travail finit toujours par payer. Nous avons fini par déménager dans un vrai appartement où chacune allait avoir sa chambre. La renaissance ! À partir de là, nos vies ont changées. Ma maman avait trouvé un nouveau boulot qui lui a permis d’avoir une vie plus confortable. C’est à ce moment là que notre relation est devenue plus forte.

Je devenais une adolescente et ma personnalité commençait à s’affirmer de plus en plus. En 5ème j’ai commencé à vouloir me différencier des gens de mon collège en écoutant du rock, hard-rock, métal punk rock etc… et grande surprise : je découvrais un univers qui correspondait parfaitement à ma personnalité : un peu rebelle avec beaucoup de sentiments à partager.

Cependant la découverte de ce nouveau monde rimait avec changement de style vestimentaire. Je vais juste vous mettre une photo (dossier) qui vous permettra de comprendre un peu ce que je veux.

On se passera de commentaires hein …

Face à ce changement, ma mère aurait pu le rejeter et vouloir faire de moi un enfant qui ressemble à tout le monde. Mais au lieu de ça elle a décidé de m’accepter et m’aimer comme j’étais. Pour certaines personnes, une ado qui écoute du hard-rock et qui s’habille et se maquille en noir c’est normal. Mais croyez moi, que pour une adolescente noire de 12-14 ans qui habite en banlieue c’est pas commun du toooout. (J’entends déjà les “roh elle !”)

Cet amour inconditionnel a été ce qui m’a permis de développer la capacité de ne pas avoir honte de qui je suis. Elle était mon pilier, mon seul et unique repère. À l’époque je ne le savais pas mais au delà de simplement l’aimer, je l’admirais. Elle était mon modèle. Elle m’a appris à ne jamais abandonner de se battre même quand le monde entier est contre nous. Elle m’a appris la notion de sacrifice. Elle m’a appris à ne jamais me contenter du minimum. Sa citation favorite était de Oscar Wilde ” J’ai les goûts les plus simples du monde, je me contente du meilleur.” Elle a été la raison du pourquoi j’avais toujours un sourire aux lèvres. Elle m’a appris à être ouverte d’esprit et toujours ouverte à la discussion. Elle était persuadée que j’étais une gentille fille avec un bon fond. Mais ce que je retiens le plus, c’est qu’elle m’a appris à assumer et embrasser ma différence.

Ma mère est décédée d’une rupture d’anévrisme, ce qui veut dire que c’est arrivé de manière totalement inattendue, un 26 Décembre, le lendemain de Noël. Après son décès je suis partie habiter chez mon père. La relation que j’entretiens avec mon père est très compliquée donc disons seulement que sa manière d’aimer était différente de celle de ma mère. À 18 ans, j’ai donc quitté le foyer paternel afin de prendre mon indépendance.

De mes 15 ans à aujourd’hui, j’ai eu mon bac, un BTS, un Bachelor et aujourd’hui un M2 en International Business Strategy. Entre temps j’ai connu mon premier amour, avec les déceptions qui vont avec. J’ai perdu des amis, et j’ai renforcé les liens avec ceux que j’ai gardé. J’ai découvert le monde du travail grâce à l’alternance. J’ai passé mon permis, j’ai quitté ma chambre étudiante pour un vrai F2 dans lequel je me sens bien. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin.

La seule chose que j’ai oublié en chemin, c’est de savoir si j’allais vraiment bien au fond de moi. J’ai enchaîné les “obligations sociétales” sans prendre le temps de savoir ce que je voulais faire de ma vie maintenant que maman n’était plus là. Je prends le temps de préciser ce point, car ce n’est pas parce que vous avez continué de vivre votre vie en apparence que cela veut dire que vous la vivez vraiment.

RACCOURCI – Maintenant viennent les points positifs que j’ai pu apprendre à travers les années :

Quand on perd quelqu’un que l’on aime, on apprend à aimer mieux ceux qui sont encore présents. On réalise que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain. Quand ma mère était en vie, mon objectif de vie était de devenir procureure. Quand elle est décédée, mon seul objectif était devenu d’être heureuse peu importe le métier ou ma condition. Une fois confronté, à la mort d’un parent il est dur de se dire que la vie vaut le coup et pourtant c’est à cet instant précis, qu’elle vaut vraiment la peine d’être vécue.

Assurez-vous de faire ce qui vous rend heureux dans la vie. Vous avez déjà suffisamment souffert pour vivre une vie dont vous n’êtes pas l’héroïne ou le héros. Entourez-vous de personnes sincères et profondes qui SAURONT vous aimer. Apprenez à vous aimer également car la perte de sécurité affective peut amener à faire de mauvais choix. Prenez racine en vous-même. Ne laissez pas la perte d’un parent être un point final à votre vie mais plutôt un nouveau départ vers une vie plus consciente et plus intense. Vous allez pleurer, il y aura des moments où l’absence vous semblera insurmontable. Le manque que vous ressentez sera toujours présent mais s’apaisera avec le temps.

Le deuil est un chemin long et sinueux. Le mien commence que maintenant, 8 ans après la mort de maman. À l’aube de mes 24 ans, j’ai compris que mes questions resteront sans réponses, j’ai compris que cela ne sert à rien de rejeter la tristesse car elle revient 2 fois plus forte à chaque fois. Surtout, j’ai compris qu’il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide et de communiquer sur sa peine. Personne ne vos oblige à vivre cela seul.

Il n’y a pas de mode d’emploi pour faire son deuil, si ce n’est de faire ce que le coeur nous dit de faire. Lorsque l’on perd quelqu’un je pense que l’on gagne un savoir en plus sur la vie. Une espèce d’intuition se développe.

Cet article est pour conserver la mémoire de maman et envoyer un message d’espoir et de courage à toutes les personnes qui ont un perdu leurs parents trop tôt. La mémoire de nos parents se fait à travers nous alors tâchons de vivre une digne de ce nom.

Valérie Louisy (1969-2009)

Reste en paix, je m’occupe du reste.

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